Attaques judiciaires du Classement de Saint-Emilion

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Un embrouillement sans nom, une attente interminable du dernier classement, des batailles juridiques qui ne sont peut-être pas terminées, ce classement qui perd de sa crédibilité à cause des accusations de conflits d’intérêt n’a plus rien à voir avec celui de 2006 qui était légitime. On ne peut pas, ne pas y voir des connivences et des incohérences qui font qu’à l’unanimité les professionnels parlent de « classement des dupes et de l’effondrement de ce classement ».

Pour se donner plus de temps, le tribunal de Bordeaux renvoie aux 20-21 septembre 2022 donc après les vendanges, l’audience portant sur les accusations de conflits d’intérêt au sein de l’INAO.(Institut National des Appellations d’Origines). Contrairement à ce que l’on peut imaginer, cette démarche n’est pas une attaque contre l’INAO, qui a fait correctement son travail.

Hubert de Boüard de Laforest (copropriétaire du château Angélus, passé en 2012 au rang de Premier Cru Classé A, est consultant d’exploitations candidates au classement et Philippe Castéja (propriétaire du château Trottevieille, maintenu Premier Cru Classé B) sont poursuivis par trois propriétés non-classés (châteaux Corbin Michotte, Croque Michotte et La Tour du Pin Figeac) pour leurs fonctions passées au comité national de l’INAO. Des accusations pouvant se traduire par une peine maximale de cinq ans d’emprisonnement assortie d’une amende de 500 000 €.

Depuis quelques années j’ai mis de côté les vins de cette prestigieuse appellation qui ne m’apportaient plus les émotions gustatives et la subtilité aromatique du raffinement que j’attendais lors des dégustations. L’élevage outrancier, le manque d’expression, de finesse, l’uniformité, qui les caractérise depuis ces dernières années m’a dérangé, surtout chez les plus grands, je ne retrouvais plus la subtilité de la signature du terroir qui profitait tant à certains millésimes.

L’histoire de ce classement

À la demande du Syndicat de défense de l’appellation Saint-Émilion, l’Institut national des appellations d’origine (INAO) procède dès 1954 au classement des crus de cette appellation appliqué en 1955.

Le décret précise que l’INAO doit procéder tous les dix ans à la révision de ce classement. Depuis 1954, 6 classements ont ainsi été effectués.

Le sixième et dernier classement, publié le 6 septembre 2012, résulte d’une nouvelle procédure, entièrement placée sous l’autorité de l’INAO, avec le concours des ministères de l’Agriculture et de la Consommation.

Les catégories

Le classement de 2012 consacre 82 propriétés : 64 Grands Crus classés et 18 Premiers Grands Crus classés. Les précédentes révisions remontant à 2006, 1996, 1986, 1969 et 1959. Le classement du 6 septembre 2012 établie par la commission de classement des crus de Saint-Emilion puis validée quelques jours plus tard par les ministères de l’Economie et de l’Agriculture, s’appuie sur des critères qui se veulent plus objectifs qu’en 2006. Les membres de la commission eux-mêmes sont sensés n’avoir aucun lien direct avec Saint-Emilion et la région de Bordeaux en général. Ce nouveau classement a donné lieu à de nombreuses promotions de châteaux donc à une indignation vous vous en doutez dans le cercle très fermé des propriétaires de Grands Crus Classés.
Des promotions de ce nouveau classement qui sont parmi les polémiques.

Le passage de Premier Grand Cru Classé « B » à « A » pour les châteaux Angélus et Pavie : Cette décision est un symbole assez fort dans la mesure où seulement deux châteaux, Ausone et Cheval Blanc, portaient jusqu’ici cette mention. Le club des « A » double donc ses membres.

La promotion en Premier Grand Cru Classé « B » des châteaux Valandraud et La Mondotte sans passer par la case « Grand Cru Classé » :
La décision a fait grand bruit car ces deux châteaux, longtemps  considérés comme des « vins de garage » étaient méprisés par l’aristocratie des premiers Grands Crus Classés.

Promotion dans la catégorie « B » des châteaux Canon-La-Gaffelière et Larcis-Ducasse. La liste des « grands crus classés » s’est considérablement élargie et compte à partir du millésime 2012, 64 châteaux. Certains ont été ajoutés au classement et d’autres sont le fruit de rétrogradations dues, pour l’essentiel à la fusion de plusieurs vignobles ou à leur rachat.

De nouveau validé en appel, le classement retournera devant le Conseil d’État.

La cour d’appel administrative de Bordeaux avait validé l’édition 2012 malgré les poursuites de trois crus non-classés, les châteaux Croque Michotte, Corbin Michotte et la-Tour-Pin-Figeac.

C’était il y a dix ans, ces trois propriétés non retenues dans le classement avaient attaqué celui-ci pour en demander l’annulation. « Le Tribunal Administratif le 17 décembre 2015 puis la Cour Administrative d’Appel de Bordeaux le 12 avril 2019 avaient déjà validé l’ensemble de la procédure et rejeté les requêtes de ces trois châteaux » indique un communiqué du Conseil des Vins de Saint-Émilion.

Le 12 février 2021, le Conseil d’État, sans remettre en question le classement de 2012 et sans aborder le fond du litige, a annulé les décisions de la Cour administrative d’appel de Bordeaux, et renvoyé l’affaire devant celle-ci.

Le 15 février 2022, le rapporteur public a proposé le rejet des trois requêtes des trois châteaux par la Cour administrative d’appel de Bordeaux.

Par trois arrêts particulièrement motivés, la Cour administrative d’appel de Bordeaux rejette les trois requêtes, complète un communiqué de l’INAO. Mais ces arrêts étaient susceptibles de « pourvoi » dans un délai de 2 mois, c’est ce qui s’est passé et c’est la raison du report en justice en septembre 2022.

Cette année 2022, un nouveau classement verra le jour, l’INAO y travaille depuis le 8 mars, jour de l’appel à candidatures. Mais voilà les procédures coûtent cher, à Bordeaux il n’y a pas que le prix des Grands Crus Classés qui flambent, ceux des  candidature à ces classements sont également en hausse. Les seconds crus augmentant même sensiblement plus que les premiers. Avant le classement 2006, les frais d’inscription étaient très bas mais les premières attaques en justice ont contribué à faire monter les frais de dossier pour concourir au classement des vins de Saint-Émilion. Depuis ils n’ont cessé d’augmenter: 1 500 € en 2006, puis 6 500 € pour l’édition de 2012 (et 7 500 € pour la mention premier grand cru), et enfin 14 000 € pour la prochaine édition de 2022 (21 000 € pour la mention premier grand cru).

Liste des Domaines du Classement 2012 sur www.bordeaux.com

crédit photos:  www.vins-saint-emilion.com,

wwww.saint-emilion-tourisme.com

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